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Comme un chien dans un cimetière (mais un 9 janvier)

Je me dis heureux de ne pas être sur les réseaux sociaux à faire tourner en boucle les mêmes mots et les mêmes remarques que ceux qui envahissent sans vergogne ma tristesse et mon intimité ces deux derniers jours. Ces mots qui font plaisir à entendre à ceux qui les relaient dans les miroirs déformants aux alouettes.

Ou comment aller chercher ailleurs, chez l’ennemi invisible et fondamentaliste, les causes d’un problème qui est consubstantiel à la nature même de notre société, de notre pays, de notre monde, à la façon dont il est dirigé, où l’individualisme est prôné comme une valeur essentielle.

Réjouissons-nous, d’ailleurs, du bel élan de solidarité de nos amis américains dont nous nous inspirons si bien pour exclure notre voisin et le transformer en monstre de notre quotidien. Terroristes des cités françaises ou tueur en série des campagnes texanes, quelle différence en fait ? L’issue malheureuse, dans un cas comme dans l’autre, d’une grossesse en situation de pré-éclampsie sociale.

C’est qu’elle a bon dos la liberté d’expression aujourd’hui, dans une France de gauche où tous les marqueurs, en premier lieu ceux de la culture, sont foulés aux pieds (oui, au-delà de journalistes, ce sont aussi des artistes qu’on a assassiné. Fallait-il le rappeler ?).

Se souvient-on du nombre de fois où Charlie est mort et ressuscité ? Combien de fois on a considéré que les lois du marché, qui ont droit de vie et de mort sur un journal, étaient bien plus importantes que cette liberté d’expression qu’on encense aujourd’hui à tout-va ? Combien de dépôts de bilan, de sauvetages in extremis d’organes de presse ou de maisons d’édition libres grâce au militantisme d’une poignée ? Tout cela sous les yeux « d’autorités » qui se foutent bien de la disparition de cette liberté d’expression-là, pas assez aux ordres.

Alors aujourd’hui, il faut tous sauver Charlie, cause nationale, parce que ceux qui faisaient le boulot de le sortir de la merde tous les quatre matins sont vraiment morts. Cause nationale ? Cause toujours.

J’ai horreur de mes tympans si sensibles dans ces moments. J’entends d’ici les conversations feutrées de cabinets ministériels sur l’avantage à tirer d’une telle crise pour l’image d’un président où d’un premier ministre. Faudrait une bonne guerre, ma bonne dame, comme disait papa quand, déjà, ça allait mal (et encore, on n’était que sous Giscard !).

À la tristesse d’hier, d’avoir vu disparaître des personnes qu’on avait tous un peu dans nos familles, et un qui comptait dans mes amis, succède aujourd’hui une forme de dégoût. Et finalement, pas franchement envie d’agir, surtout pas maintenant. Juste suivre en silence le corbillard, assez loin des corbeaux qui lui sucent la roue.

C’est peut être lâche de ne vouloir rien faire, et ça me passera sans doute.

C’est juste un jour chagrin, et nihiliste.